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Claude Fortier: le cœur de la Boulangerie Georges

À 86 ans, Claude Fortier fait encore partie du paysage de la Boulangerie Georges. « Je viens régulièrement faire mon tour, je fais les dépôts, je jase avec le personnel. Je suis bien ici. »


Il faut dire que presque toute sa vie s'est articulée autour de la boulangerie. « J'ai commencé à y travailler à 11 ans. J'accompagnais à l'occasion mon grand frère qui faisait de la livraison de pains à domicile. Comme j'étais plus jeune, c'est moi qui livrais lorsque c'était au 2e ou au 3e étage! Mettons que ça m'a mis en forme! » se souvient-il. Le jeune garçon adore toutefois ce contact avec le public. « À 18 ans, j'ai eu ma première route de pains. Mon père a d'ailleurs dû signer pour moi, car officiellement, il fallait avoir 21 ans pour conduire. »

« J'ai toujours cru qu'avec le travail, on réussissait, et c'est ce qui explique la réussite de la Boulangerie Georges. Quand mon père l'a fondée, c'était la 9e boulangerie locale à ouvrir ses portes à Sherbrooke. C'est aujourd'hui la seule... C'est sûr qu'il y a beaucoup de fierté à voir l'entreprise encore là – et en excellente santé – après 75 ans. »

Au décès de son père, en 1955, Claude hérite de la boulangerie avec ses deux frères Georges-Luc et Marian.

Neuf ans plus tard, il en prend la direction. « Je ne voulais pas laisser tomber cette belle entreprise familiale. On avait le produit pour réussir, il suffisait d'une gestion un peu plus serrée pour renouer avec la rentabilité. Mais cela exigeait beaucoup, beaucoup de travail... Heureusement que ma Jacqueline était compréhensive et là pour les enfants. Je lui dois beaucoup.»


Avoir une boulangerie... sans être boulanger!


Même s'il a grandi dans une boulangerie, Claude Fortier ne sait pas préparer le pain. Il sait comment le vendre, toutefois... « Ce n'était pas un problème pour moi de développer le marché. Pour le reste, il faut travailler fort, rester à l'affût... et compter sur une bonne équipe. Vous savez, je suis un homme très chanceux dans la vie. Quand Luc a décidé de suivre ses cours en boulangerie, j'étais justement à la recherche d'un boulanger de confiance. Luc est comme son grandpère, très perfectionniste, un vrai passionné de la fabrication du pain! Mon père était d'ailleurs reconnu comme le meilleur boulanger en ville, et Luc a ce même souci d'offrir un pain de qualité, goûteux et frais. Je l'ai déjà vu jeter une fournée entière parce qu'elle n'était pas à son goût! Sans Luc, j'aurais été obligé de vendre. »

L'arrivée de son autre fils, Denis, a également permis à la Boulangerie Georges de poursuivre son bon travail... et pour Claude, de se retirer peu à peu des opérations courantes de l'entreprise. « J'ai deux gars très travaillants : j'ai toujours cru qu'avec le travail, on réussissait, et c'est ce qui explique la réussite de la Boulangerie Georges. Quand mon père l'a fondée, c'était la 9e boulangerie locale à ouvrir ses portes à Sherbrooke. C'est aujourd'hui la seule... C'est sûr qu'il y a beaucoup de fierté à voir l'entreprise encore là – et en excellente santé – après 75 ans. »

Luc Fortier, passé maître dans l'art de préparer du bon pain!

Luc Fortier se souviendra longtemps de sa première expérience à la boulangerie familiale, à l'été 1972. « J'étais étudiant, j'avais besoin de sous, et les besoins à la production étaient là. Mais quel été chaud ce fut! J'ai trouvé ce travail difficile, les lieux étaient vétustes. » Bref, rien pour donner envie au jeune homme d'y faire carrière. Pourtant, l'été suivant, il était de retour au poste! « Ce fut moins chaud et plus facile », ajoute Luc qui a ainsi appris tôt les rudiments du métier.


Six ans plus tard, il entrait à temps plein à la Boulangerie. « Vers l'âge de 20 ans, j'ai décidé de suivre les traces de mon père. Je sentais que j'avais la capacité de faire avancer l'entreprise, j'ai donc étudié en Techniques administratives. Mais rapidement, j'ai réalisé que je ne me voyais pas dans un bureau à longueur de journée. Je suis finalement parti à Montréal pour étudier en boulangerie, car je voulais bien comprendre le processus de fabrication du pain, la fermentation, etc. »

« Faire du pain, c'est plus qu'une profession, c'est presque une mission! Il faut croire en ce que tu fais. »

Comme l'explique Luc Fortier, la boulangerie est une science, et on ne devient pas boulanger du jour au lendemain. « On est à la merci de ce que Dame Nature nous donne, et cela débute dès la culture du blé. D'autres facteurs, comme la température dans la boulangerie, jouent aussi. La pâte, c'est quelque chose de vivant. En combinant l'eau, la farine et la levure, on crée une chimie, et le résultat reste en vie jusqu'à ce qu'il soit consommmé. Les gens, eux, s'attendent que d'un pain à l'autre, ça soit toujours le même goût, la même texture, la même fraîcheur et le même temps de conservation. Mais en fabrication, les paramètres ne sont pas toujours les mêmes, ce qui exige qu'on s'adapte continuellement pour offrir cette stabilité dans le produit fini. »

Il y a donc un grand souci du détail à chaque étape de fabrication du pain. « Nos employés sont formés ici, selon nos standards. Nos contrôles de salubrité et de qualité sont extrêmement rigides. Bref, on est très exigeant et aujourd'hui, tout le personnel démontre un souci constant à maintenir ce standard très élevé. »

La nouvelle usine a d'ailleurs permis d'automatiser un peu plus les procédés pour de meilleurs contrôles de la qualité, tout en permettant une croissance de l'entreprise dans un environnement de travail allégé, moderne et sécuritaire.

« Faire du pain, c'est plus qu'une profession, c'est presque une mission! Il faut croire en ce que tu fais, ça prend des gens attentionnés tout le temps. Ici, ça n'arrête pas une minute, il faut des employés engagés, qui prennent la relève l'un de l'autre pendant les pauses et le dîner. Notre personnel est polyvalent, perfectionniste. On a actuellement une très belle équipe dont je suis très fier. »


75 ans grâce aux gens

« Je me dois de remercier tous les gens et les entreprises sherbrookoises qui ont participé à maintenir l'intégrité mécanique de la boulangerie, nous permettant de progresser dans un marché très compétitif », rappelle Luc Fortier.

« La Boulangerie Georges fête cette année ses 75 ans, mon frère Denis et moi ainsi que toute l'équipe sommes heureux de participer à l'effort économique de notre région et d'être appréciés de notre clientèle qui nous incite à chaque jour à donner le meilleur de nous-mêmes », ajoute-t-il.

Denis Fortier: pour l'amour des gens!

Adolescent, Denis Fortier aimait bien faire son petit tour à la boulangerie après les classes. « J'y restais jusqu'à 18 h environ. Tout m'intéressait : la production, les ventes, l'administration. Mais c'est surtout le contact avec le public qui me passionnait. »


Malgré ce plaisir qu'il éprouve à donner un coup de pouce à l'entreprise familiale, Denis rêve d'une carrière de policier... « Je suis un gars d'action, mais aussi un entrepreneur dans l'âme... D'un autre côté, mon père était rendu à un moment où il voulait savoir s'il y avait une relève dans la famille. » Le défi intéresse Denis qui se lance à temps plein dans l'aventure en 1980, avec comme bagage des cours de gestion en affaires. « J'ai appris aussi beaucoup grâce aux bons conseils de mon père et en observant... Chaque fois que je venais à la boulangerie, je regardais comment les gens travaillaient... j'enregistrais tout, en fait! Même quand je vais à l'épicerie, j'analyse

« Comme boulangerie, on nage parmi des géants et on fait affaire avec des géants de l'alimentation, mais un bon produit, frais, et un service impeccable, ça crée de la demande. »

la réaction des gens devant les tablettes. C'est ainsi que j'ai appris le métier et différents trucs marketing. »

Personne très affable, avec toujours le mot pour rire, Denis Fortier aime les gens. Profondément. À un tel point qu'il ne lésine pas pour leur offrir pleine satisfaction. « Pour faire sa place parmi un monde de géants qui s'accaparent la majeure partie du marché, il faut développer une relation unique avec le client, qu'il s'agisse d'un dépanneur, d'une épicerie, d'un restaurant, d'un traiteur, d'une école, d'une résidence pour personnes âgées, etc. Surtout, il faut lui donner un service impeccable, sur la coche comme on dit... et des produits délicieux, car en bout de ligne, c'est la demande qui permet aux pains Georges de se retrouver sur les tablettes et dans vos assiettes!»


Un double défi

Depuis 75 ans, la Boulangerie Georges a donc su séduire tant que le consommateur que le commerçant qui propose son produit. « Il y a deux facettes à mon travail en vente, deux grands types de clients si vous préférez. Le consommateur, qui achète et mange mon produit : à lui je dois offrir des produits goûteux, frais, qui se conservent longtemps et qui répondent à ses besoins. Puis, il y a le client qui donne une vitrine à mes produits, avec qui je développe de la business. C'est une relation privilégiée, on a grandi avec plusieurs d'entre eux, on ressent même qu'ils sont contents de travailler avec nous. Pour ce client, je dois offrir du service. »

Dans ce domaine où les marques de pains sont nombreuses, le nerf de la guerre, c'est l'espace. « Pour gagner mon espace tablette, je dois offrir de bons produits en occupant bien la tablette (fraîcheur et variété). Je suis très exigeant avec mes vendeurs-livreurs, je veux qu'ils assurent la rotation des produits régulièrement – nous, on sort nos pains après quatre jours. Si les clients retrouvent toujours sur les tablettes tous nos pains et de bonne fraîcheur, ils vont en acheter... et en racheter. Face à cette demande, le commerce n'aura d'autres choix que de nous donner l'espace si durement gagné. Comme commerce, il recherche aussi des fournisseurs fiables, et c'est ce que la Boulangerie Georges lui offre. »

À titre de directeur des ventes, Denis Fortier doit donc voir à bien motiver son équipe. « C'est exigeant, mais quand l'équipe te suit, c'est très valorisant », ajoute Denis qui supervise ainsi une équipe d'une vingtaine de personnes.